Monthly Archive 12/05/2019

BDS est-il pacifiste?

Le boycott de BDS est-il pacifiste? Le collectif palestinien se présente invariablement au grand public par le préambule suivant: "BDS est un mouvement citoyen et non violent directement inspiré des campagnes de boycott contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud …". Il définit ses actions de boycott comme des mesures punitives non-violentes et décrit son leader Omar Barghouti comme un véritable militant des droits de l'Homme.

Un membre du Parlement norvégien a même décidé de nominer BDS au Prix Nobel de la Paix.

"Décerner le Prix Nobel de la Paix au mouvement BDS serait un signe puissant montrant que la communauté internationale est engagée à soutenir une paix juste au Moyen Orient et à utiliser des moyens pacifiques pour mettre fin au régime militaire et, plus largement, aux violations du droit international" (1)

Le "pacifisme" de BDS doit cependant faire l'objet de fortes nuances.

Une rhétorique agressive

Le vocabulaire utilisé par BDS à l'encontre de son adversaire révèle tout d'abord l'extrême agressivité du collectif palestinien. Israël est décrié dans toutes les campagnes de boycott comme un Etat "criminel", "terroriste" "raciste", "d'apartheid" et "qui tuerait volontairement les enfants palestiniens".

Campagne #NoWaytoTreataChild
Campagne #NoWaytoTreataChild relayée par USPACBI

Tout est orchestré pour faire d'Israël un Etat voyou qui devrait faire l'objet d'un rejet total par les autres Nations.

"Le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) a fait d’énormes avancées pour qu’Israël soit considéré comme un état paria sur la scène internationale. En boycottant des institutions qui sont complices dans les violations du droit international par Israël, en désinvestissant des sociétés qui soutiennent l’oppression israélienne et en lançant un appel de principe pour des sanctions contre Israël, le mouvement BDS a renforcé l’isolement d’Israël et a commencé à en faire payer le prix à son régime de colonialisme de peuplement, d’apartheid et d’occupation ». (2)

Des actions punitives belliqueuses

BDS dit rejeter la censure et défendre le droit universel à la liberté d’expression. Les actions sur le terrain sont généralement présentées comme des initiatives citoyennes spontanées orchestrées dans une ambiance bon enfant. L'analyse des campagnes de boycott démontre, au contraire, que la plupart de ces actions militantes sont en réalité extrêmement belliqueuses. Menaces, chantage, pressions, excommunications etc. constituent la règle. (3)

La dénonciation d’un accord de coopération entre Sciences Po Rennes et l’Université de Tel-Aviv par l’AURDIP permettra d'illustrer le propos : après avoir rappelé que cette Université entretenait des liens organiques avec l’armée israélienne, l’AURDIP menace ni plus ni moins le Directeur de Sciences Po de le faire condamner à la réclusion criminelle à perpétuité !!

« Nous nous permettons de vous alerter sur le risque juridique pénal que vous encourez vous-même et que vous faites encourir à vos collaborateurs et professeurs chargés de mettre en œuvre cette coopération universitaire ainsi que bien-sûr à vos élèves concernés par cette coopération. En effet, la plupart des universités israéliennes, dont l’Université de Tel-Aviv, contribuent de manière active et délibérée à la politique d’occupation et de colonisation conduite par les pouvoirs publics israéliens en Cisjordanie. Cette politique constitue un crime de guerre (…). Par conséquent, toute aide ou assistance, même par la simple fourniture de moyens, à cette politique constitue un acte de complicité de crime de guerre, punissable de la réclusion criminelle à perpétuité. L’adhésion récente de la Palestine au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et la prochaine saisie du bureau du procureur de la Cour des crimes israéliens de colonisation démontrent que ces éléments ne sont pas théoriques ». (4)

L'anathème vaut également pout tous ceux qui soutiennent la cause palestinienne mais en dehors du cadre strict défini par le collectif palestinien.

Mise à l'index par le PACBI du groupe islandais ayant marqué son soutien aux Palestiniens lors de l'Eurovision 2019 à Tel-Aviv

Des acteurs violents

Le membre principal et le plus influent du comité central BNC, le Council of National and Islamic Forces in Palestine (P.N.I.F..), comporte en son sein au moins cinq factions palestiniennes qui se trouvent sur les listes des organisations terroristes établies par l’Union européenne, le Canada et les Etats-Unis: Hamas, Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), le Front populaire - Commandement général le Front (FPLP - CG), le Front de Liberation de la Palestine et le Djihad islamique.

Certains signataires palestiniens de la Charte BDS ont également un lien direct ou indirect avec ces organisations classées terroristes. C'est notamment le cas de l'organisation Alkarama for Human Right liée à Al-Qaida ou encore des organisations comme Addameer, The Union of Health Work Committees (UHWC) et the Union Agricultural Workers Committees (UAWC) qui sont liées au F.P.L.P. (5)

Une violence légitimée

Les principaux partenaires de BDS à l'étranger légitiment toutes les actions palestiniennes y compris les plus violentes. Ainsi par ex., pour l’Association France Palestine Solidarité, en partie subventionnée par les pouvoirs publics français (6), « la résistance à l’occupation et à l’oppression sous toutes ses formes, y compris la lutte armée, est légitime et reconnue par le droit international » (7).

Une violence idéologique

Dans le scénario altermondialiste qui n'est rien d'autre que la version 2.0. du scénario marxiste-léniniste, la révolution se réalise toujours de manière violente. Autrement dit, le remplacement d'un régime par un autre suppose nécessairement une charge belliqueuse importante puisque l'objectif n'est pas la négociation avec l'ennemi mais sa capitulation.

BDS inscrit donc son action non pas dans un cadre pacifiste comme il le sous-entend mais dans un cadre idéologique bien particulier qui préconise l'épreuve de force plutôt que le rapport de force.

"Parvenir à trouver un règlement au conflit israélo-palestinien constitue une tâche fondamentale. Mais BDS constitue un piège tendu à tous les simples d’esprit. Nous devons combattre ce mouvement car il est devenu l’ennemi de la paix. Il faut faire très attention. BDS ne se bat pas en faveur du droit des Palestiniens à leur autodétermination, ni en faveur d’un règlement basé sur le principe de deux Etats pour deux peuples. BDS prône une option entièrement différente, qui n’est pas dirigée vers les Palestiniens, mais contre l’existence même de l’Etat d’Israël." (8)


(1) Bjornar Moxnes: "BDS Movement for Palestinian Right Nominated for Nobel Peace Prize", Inter Press Services, February 2018.

(2) Communiqué du B.N.C. « Solidarity with the Palestinian popular resistance ! Boycott Israel now ! », 10/10/2015

(3) "Cartographie des actions militantes en France", CERSP, février 2019

(4) Lettre de l’AUDRIP au directeur de Sciences Po Rennes, disponible sur www.audrip.fr

(5) Le Ministère des Affaires Stratégiques attaché au bureau du Premier Ministre israélien a établi un document décortiquant avec précision tous les liens entre BDS et les organisations classées terroristes: "Terrorist in Suits : The Ties between NGO's promoting BDS and Terrorist organizations". Il a également publié un rapport spécial sur le financement par l'Union européenne de certaines associations pourtant classées terroristes par l'UE elle-même.

Voir également : Vincent Georis: "L'Europe finance des ONG liées au boycott d'Israël", l'Echo, juin 2018.

(6) L’Association France Palestine Solidarité a reçu des subventions pour un total de € 139.550 entre 2012 et 2014 de la part des autorités publiques françaises (Agence Française de Développement) pour un programme de développement rural dans la vallée du Jourdain, de € 115.000 (2013-2015) du Ministère des Affaires Etrangères, de € 15.000 du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes (2015) et de 6.000 (2013-2014) du Conseil régional d’île de France.

(7) Rapport d’Orientation adopté par le 4ème Congrès de l’Association France Palestine Solidarité du 1er et2 juin 2013.

(8) Ben-Dror Yemini: "Le boycott d'Israël torpille la paix", Le Monde, juillet 2015