L’organisation pyramidale de BDS

L’organisation pyramidale de BDS

Le mouvement BDS est composé de deux branches, BDS Palestine et BDS Internationale. Il se structure de manière pyramidale en trois couches - supérieure, intermédiaire et inférieure - que l'on peut expliciter de la manière suivante.

Les deux branches

  • La branche palestinienne est composée des 172 organisations et associations palestiniennes signataires de la Charte BDS de 2005 appelant la communauté internationale au boycott intégral d’Israël.

  • La branche internationale regroupe un ensemble hétéroclite de supporters étrangers (partis politiques, ONG, syndicats, associations caritatives, etc.) ayant répondu à l’appel de BDS Palestine. Ces partenaires et militants étrangers relayent les campagnes de boycott orchestrées par le collectif palestinien dans leurs pays respectifs.

Une organisation pyramidale

BDS est un mouvement fortement centralisé organisé sous une forme pyramidale comportant trois échelons :

Echelon supérieur : le comité central BNC

A l’échelon supérieur se trouve un comité central, le comité National Palestinien du BDS (BNC) qui représente les 172 organisations palestiniennes signataires et qui administre et gère la Campagne Internationale de boycott. Le comité joue un rôle central et centralisateur.

a) Son rôle central

Le BNC est le véritable garant des objectifs politiques définis par les 172 signataires et prend des décisions qui engagent l'ensemble des partenaires étrangers qui soutiennent la Campagne.

b) Son rôle centralisateur

Le BNC accompagne le développement du mouvement à l’international en fédérant ses partenaires étrangers autour de campagnes transnationales et en fixant le motus operandi de leurs campagnes nationales [1]. Le BNC détermine la stratégie globale : les cibles stratégiques[2], les actions prioritaires, les objectifs à court, moyen et long terme, les résultats attendus, etc. Il leur propose des kits complets de boycott[3] comprenant en vrac : la position officielle de B.D.S. sur le boycott, ses raisons et ses justifications, la liste des cibles israéliennes à boycotter, des idées d’actions, un argumentaire pour contredire les anti-B.D.S. (les « F.A.Q. »), un matériel militant (des lettres-type), etc.

L’illustration de cette extrême centralisation du mouvement peut être trouvée dans le boycott académique. Le PACBI demande aux universitaires et intellectuels européens et américains de boycotter les institutions académiques israéliennes et liste lui-même les principales cibles : les projets académiques parrainés par Israël, les discours y compris les débats tenus par des représentants de l’État d’Israël, les programmes d’échanges et les programmes d’études à l’étranger avec les universités israéliennes, les cérémonies de récompenses remises aux officiels de l’État d’Israël ou aux institutions israéliennes complices ou à leurs représentants, etc.

« Le mouvement BDS est un mouvement extrêmement centralisé au niveau international à partir de son centre palestinien. Il traduit une conception verticaliste de la solidarité. Les différences personnes ou organisations qui désirent boycotter l’Etat d’Israël sont sommées de respecter un règlement particulièrement rigoureux et détaillé qui reflète en réalité une plate-forme politique déterminée parmi les différentes positions qui existent au sein du mouvement national palestinien. Il faut remonter à la grande époque du Congrès mondial des partisans de la Paix en 1949, cette émanation de l’URSS portée par l’ensemble des partis communistes dans le monde, pour trouver quelque chose d’équivalent ».
Jean Vogel: «  Propos hérétiques sur le « Boycott, Désinvestissement, Sanction (BDS) envers Israël« , Politique, décembre 2018.

Echelon intermédiaire : Les partenaires étrangers "officiels"

A l’échelon intermédiaire se trouvent les partenaires étrangers répertoriés sur le site internet du collectif (www.bdsmovement.org). Ces organisations étrangères reconnues par le BNC jouent le rôle de courroie de transmission entre le sommet et la base du mouvement. Elles relayent tout d’abord dans leurs pays les actions transnationales de boycott commanditées par le collectif palestinien[4. Elles soutiennent ensuite l’action de BDS au niveau international (à l’occasion de forums sociaux, conférences internationales, pétitions, etc.)[5]. Elles organisent, enfin, des campagnes et des actions militantes dans leur pays en se conformant au programme déterminé par le B.N.C. puis en font remonter les résultats. Certains partenaires étrangers ont reçu l’insigne honneur de pouvoir officier sous la bannière de BDS (BDS France, BDS Autriche, BDS Suisse, etc.) tandis que d’autres sont simplement référencés comme des partenaires privilégiés.

Echelon inférieur: les supporters

Les organisations et associations nationales, régionales de même que les centaines de comités locaux de soutien qui participent activement aux campagnes de boycott constituent la couche inférieure du mouvement. Ce sont de simples revendeurs indépendants, c’est-à-dire des entités qui gravitent autour de la sphère BDS et en tirent un certain profit sans toutefois en faire officiellement partie. Elle est composée d’individus n’ayant aucun pouvoir de décision, au mieux un pouvoir de suggestion et dont l’action sur le terrain doit systématiquement être validée par la couche intermédiaire qui elle-même respecte les lignes de conduites édictées au sommet de l’organisation par le BNC.


[1] Pour une explication détaillée du mode opératoire des campagnes de boycott voir: "CERSP: "Le boycott économique d'Israël par BDS".

[2] Dans une interview, Omar Barghouti rappelle que « Les trois critères généraux recommandés par le BNC palestinien dans le choix des cibles stratégiques sont : primo, le degré de complicité – concentrer son attention sur les sociétés et produits qui sont le plus clairement et directement impliqués dans les violations des droits de l’homme par Israël et les plus aisés à expliquer à un large public. Secundo, la possibilité d’alliances entre mouvements : donner la priorité aux sociétés ou produits qui rendent possible la création de larges alliances de luttes conjointes. Par exemple, la campagne visant à faire cesser les contacts avec la société israélienne de l’eau, Mekorot, engage un large éventail de campagnes pour l’environnement et contre la privatisation. Et, tertio, le potentiel de succès : une campagne BDS devrait avoir une chance réaliste de succès, en sus d’accroître simplement la conscientisation, en étant par exemple à même de persuader une société ou institution internationale de cesser de soutenir une société israélienne ».

[3] Ces kits sont disponibles sur le site officiel de BDS sous les rubriques : « Academic boycott », « Cultural boycott » et « Economic boycott ».

[4] Il en va notamment ainsi des campagnes de boycott en vue d’exclure Israël des programmes internationaux comme le programme européen Law train, Horizon 2000 ou encore l’Accord d’Association EU-Israël, des campagnes de boycott économique dirigées contre des sociétés israéliennes comme SodaStream ou Ahava ou des campagnes de boycott économique dirigées contre des entreprises multinationales occidentales comme G4S, Caterpillar ou encore H.P.).

[5] Voir notamment sur le sujet : la missive signée par  358 organisations européennes de défense des droits de l’Homme, des églises, des syndicats et des partis politiques adressée à la Commission européenne pour dénoncer la tentative de criminalisation de BDS et marquer leur soutien au collectif palestinien ; La déclaration de la F.I.D.H. reconnaissant et réaffirmant le droit des personnes à participer pacifiquement et à appeler à des mesures de BDS pour protester contre les politiques d’occupation et de discrimination du gouvernement israélien.

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