Category Archive Israël

De quoi BDS est-il le nom?

La séquence politico-historique que nous vivons actuellement au Moyen-Orient est marquée par le naufrage du processus de paix d’Oslo entamé début des années quatre-vingt-dix qui avait pour ambition de régler le conflit israélo-palestinien par la création de « deux Etats indépendants vivant côte-à-côte dans des frontières sûres et reconnues ». La parenthèse d’Oslo presque refermée, d’autres propositions sont désormais posées sur la table pour régler ce que certains considèrent désormais le plus vieux conflit du monde : Etat binational, annexion unilatérale par Israël d’une partie des territoires situés de l’autre côté de la ligne verte de 1967, plan de paix américain, dit plan Kushner, dont le volet économique fut dévoilé lors d’une conférence à Bahreïn en juin 2019 tandis que son volet politique était dans le même temps renvoyé aux calendes grecques, etc.

L'irruption de BDS sur le devant de la scène

C’est dans ce contexte particulier que naît, se développe et désormais prospère la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions, plus connue sous son acronyme BDS. Il s’agit d’une initiative lancée par un collectif regroupant 172 organisations et associations issues de la société civile palestinienne dont la Charte appelle la communauté internationale à boycotter l’Etat d’Israël jusqu’à ce que ce dernier respecte le droit international et mette un terme à l’occupation et à la colonisation.

Les oranges de l'apartheid

Dans les années 80, L’ANC de Nelson Mandela lançait un appel solennel aux Occidentaux pour boycotter les « oranges de l’Apartheid » en Afrique du Sud. Depuis le début de ce millénaire, BDS leur demande de poursuivre le même combat en boycottant cette fois les oranges de Jaffa. A l’instar des oranges sud-africaines, elles paraissent belles et juteuses mais la lecture de leur étiquette sur l’emballage révèle qu’elles proviennent en réalité d’un pays occupant qui oppresse un autre peuple.

BDS semble de prime abord aussi alléchant qu’une orange de Jaffa. Il dispose, sur le papier du moins, de tous les attributs pour combler les partisans à la recherche d’une solution politique négociée devant apporter la paix et la prospérité aux peuples de la région : le collectif se définit comme un mouvement citoyen dont l’action est ancrée dans les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme, se dit novateur, performatif, pacifiste et antiraciste. Il se battrait uniquement pour que triomphe le respect du droit, de l’égalité et de la justice.

Il reste en revanche à vérifier soigneusement qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise et que la tenue d’apparat dans laquelle se drape BDS pour façonner son image auprès de la communauté internationale corresponde bien à la réalité. En analysant les différentes campagnes de boycott, on s’aperçoit très rapidement que le message envoyé par le collectif palestinien n’est pas aussi clair qu’il n’y paraît. Soutient-il la solution politique de deux Etats ou nourrit-il d’autres ambitions ? Est-il le digne pendant du mouvement pacifiste israélien Shalom Archav ? Son boycott serait-il l’arme pacifique brandie par les plus faibles, les Palestiniens, devant permettre de rééquilibrer le rapport de force et contraindre le plus fort, Israël, au compris final ? Rien n’est moins sûr.

Une question sensible

L’objet même de notre étude est, nous le savons, une matière hautement inflammable. Comme tout ce qui touche de près ou de loin le conflit israélo-palestinien, les campagnes de boycott de BDS suscitent des débats passionnés dans le camp de ses partisans comme dans celui de ses détracteurs. Pour ses supporters, le collectif palestinien devrait recevoir le prix Nobel de la Paix tandis que pour le gouvernement israélien, preuves à l’appui, il ne s’agirait que d’un nid de terroristes. Quant à la grande majorité des représentants des communautés juives de Diaspora, l’antisionisme radical affiché par BDS ne serait que la face cachée de l’antisémitisme. Il convient de sortir de ces schémas de pensées qui empêchent d’analyser le collectif palestinien correctement.

Notre étude est destinée aux décideurs politiques mais également aux commentateurs (journalistes, experts, etc.) et plus généralement à tout eux qui souhaitent comprendre qui sont les acteurs et quels sont les véritables enjeux qui se cachent derrière la campagne de boycott de BDS. Elle a pour ambition de décrypter la mécanique de ce collectif palestinien et de proposer ensuite une toute nouvelle grille de lecture du mouvement : qui pilote BDS ? Comment le mouvement est-il structuré et organisé ? Quelles sont ses revendications politiques ? Est-il novateur ? Quelles sont ses filiations historiques ? Quelles sont les thématiques qui tournent en boucle dans toutes les campagnes de boycott ? Quelles sont les lignes directrices du boycott culturel et académique ? Etc.

Bref, de quoi BDS est-il le nom ?

Boycott d’Israël – BDS – ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

BDS EN GENERAL

Joël Kotek & Alain Soriano (préface de Philippe Val): "De quoi le boycott d'Israël est-il le nom?", Ed. la boîte à pandore, Octobre 2020

Alain Soriano: "De quoi le boycott d'Israël est-il le nom?"; conférence en ligne, CCLJ, Novembre 2020

Le CRIF en conversation avec ... Joël Kotek et Alain Soriano, Septembre 2020

Omar Barghouti: "Why Americans Should Support BDS?", The Nation, July 2019

State of Israel, Ministry of Strategic Affairs and Public Diplomacy: "Special Report The ties between NGOs promoting BDS and terror organizations", February 2019

State of Israel, Ministry of Strategic Affairs and Public Diplomacy: "Special Report The European Union Financing Of Organizations Promoting Boycotts Against The State Of Israel", January 2019

Nathan Thrall: "BDS: how a controversial non-violent movement has transformed the Israeli-Palestinian debate", The Guardian, August 2018

Omar Barghouti: "Boycott is best response to illegal Israeli killings", The Irish Time, May 2018

Omar Barghouti : « La campagne B.D.S. vise à forcer Israël à se conformer au droit », L’Humanité, janvier 2017

Herman De Ley : « Le boycott d’Israël (B.D.S.), un devoir moral », BACBI-Dossier N° 3

Omar Barghouti: “ B.D.S.: Discussing Difficult Issues in a Fast-Growing Movement”, Al-Shabaka, juin 2016

Laurent Joffrin: "Les dessous d'un boycott", Libération, août 2015

Romain Geoffroy : « Qu’est-ce que le mouvement B.D.S., à l’origine des appels au boycott d’Israël ? », Le Monde, novembre 2015

Omar Barghouti « Face à Israël, la France est hypocrite », interview parue dans Le Monde, juillet 2015

Tia Goldenberg : “Boycott drive gains strength, raising alarm in Israel”, Associated Press, July 2015

Ramis Younis: "Interview : Omar Barghouti, l’homme à la base du mouvement BDS", juin 2015

Julien Salingue: "Alarmes israéliennes », Le Monde diplomatique", juin 2014

Catherine Gouëset: "Pourquoi le boycott commence à faire peur à Israël ", L'Express, Février 2014

Marc Tracy: “With All the Boycott Israel Talk, What is BDS?”, in New Republic, février 2014

Arthur Remion, « Le boycott économique, politique ou culturel d’Israël, une tendance en expansion », Le Huffington Post, août 2014

Willy Le Devin et Dominitque Albertini, « Les appels au boycott des produits israéliens ont-ils un effet ? », Libération, août 2014

Laurent Zecchini: « Le succès d’une campagne internationale de boycottage inquiète Israël », Le Monde, décembre 2013

Tribune: "Boycotter Israël, c’est lutter pour une paix juste", Le Monde, Novembre 2010

Tribune : "Le boycott d'Israël est une arme indigne" Le Monde, Novembre 2010

Omar Barghouti : "BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine", éd. La Fabrique, 2010

N. Erakat, « B.D.S. in the USA, 2001 – 2010 » in Middle East Report (MER), 2010

Omar Barghouti: “Relative Humanity: “The fundamental Obstacle to One-State Solution in Historic Palestine (1/2)”, in The Electronic Intifada, janvier 2004

APPEL DE PERSONNALITES AU BOYCOTT D'ISRAEL

Tribune publiée dans le monde : « Boycotter Israël, c’est lutter pour une paix juste », novembre 2010 en soutien à l’appel palestinien « Boycott, Désinvestissement, Sanctions » de 2005 et signée en autre par Olivier Besancenot et Clémentine Autain.

Missive signée par 358 organisations européennes de défense des droits de l’Homme, des églises, des syndicats et des partis politiques adressée à la Commission européenne pour dénoncer la tentative de criminalisation de B.D.S. et marquer leur soutien au collectif palestinien ;

La déclaration de la F.I.D.H. reconnaissant et réaffirmant le droit des personnes à participer pacifiquement et à appeler à des mesures de B.D.S. pour protester contre les politiques d’occupation et de discrimination du gouvernement israélien.

Omar Barghouti: "Radiohead is art-washing Israeli apartheid", Al-Jazeera, July 2017

BDS & LE PROCESSUS DE PAIX

Communiqué du BNC du 02/11/2017

Omar Barghouti: "For Palestinians, the 1967 War Remains an Enduring, Painful Wound", The Nation, June 2017

Ben Dror Yemini and Asaf Gibor, « Abu Mazn Surprises : ‘We Do Not Support Boycott of Israel‘ » NRG, décembre 2013

Omar Barghouti: “Relative Humanity: “The fundamental Obstacle to One-State Solution in Historic Palestine (1/2)”, in The Electronic Intifada, janvier 2004

Déclaration co-signée par O. Barghouti: "The One State Declaration", in the Electronic Intifada

Déclaration co-signée par O. Barghouti: “Don’t deny our rights: open letter to Mahmoud Abbas ”, The Electronic Intifada, juillet 2010

Omar Barghouti : « Dissolve the Palestinian Authority », Counter Punch, Octobre 2009

SodaStream

Ahava

G4S

Caterpillar

BDS & LE BOYCOTT CULTUREL

Appel au boycott culturel

Françoise Feugas, « Derrière la vitrine culturelle, une intolérable occupation », mai 2017

Jean Stern : « Mirage gay à Tel-Aviv », Ed. Libertalia, Paris, 2017

Déclaration du PACBI : « Les universités israéliennes profondément impliquées dans le massacre de Gaza : Boycott universitaire maintenant », août 2014

R.T. avec AFP : « La participation d’une israélienne à un festival marocain fait polémique, elle répond », Le Parisien, Septembre 2017

Richard Falk : « Israel’s New Cultural War of Aggression" May 2017

Lettre ouverte de BDS France pour dénoncer l’invitation d’un danseur israélien à la Biennale de la danse : « on ne danse pas avec l’apartheid », septembre 2016

Communiqué de BDS France : « La musique Klezmer ne doit pas être instrumentalisée par un Etat-voyou », septembre 2015

Anshel Pfeffer : “Academic boycotter to study in Tel Aviv”, The Jewish Chronicle online, April 2009

Lettre de l’AUDRIP au directeur de Sciences Po Rennes, disponible sur www.audrip.fr

ANTISIONISME VS ANTISEMITISME

Shany Mor: "Une forme d’antisionisme relève moins d’une idéologie que d’une vision du monde plaçant Israël au cœur du mal », Le Monde, Décembre 2019

 

 

 

BDS est-il pacifiste?

Le boycott de BDS est-il pacifiste? Le collectif palestinien se présente invariablement au grand public par le préambule suivant: "BDS est un mouvement citoyen et non violent directement inspiré des campagnes de boycott contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud …". Il définit ses actions de boycott comme des mesures punitives non-violentes et décrit son leader Omar Barghouti comme un véritable militant des droits de l'Homme.

Un membre du Parlement norvégien a même décidé de nominer BDS au Prix Nobel de la Paix.

"Décerner le Prix Nobel de la Paix au mouvement BDS serait un signe puissant montrant que la communauté internationale est engagée à soutenir une paix juste au Moyen Orient et à utiliser des moyens pacifiques pour mettre fin au régime militaire et, plus largement, aux violations du droit international" (1)

Le "pacifisme" de BDS doit cependant faire l'objet de fortes nuances.

Une rhétorique agressive

Le vocabulaire utilisé par BDS à l'encontre de son adversaire révèle tout d'abord l'extrême agressivité du collectif palestinien. Israël est décrié dans toutes les campagnes de boycott comme un Etat "criminel", "terroriste" "raciste", "d'apartheid" et "qui tuerait volontairement les enfants palestiniens".

Campagne #NoWaytoTreataChild
Campagne #NoWaytoTreataChild relayée par USPACBI

Tout est orchestré pour faire d'Israël un Etat voyou qui devrait faire l'objet d'un rejet total par les autres Nations.

"Le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) a fait d’énormes avancées pour qu’Israël soit considéré comme un état paria sur la scène internationale. En boycottant des institutions qui sont complices dans les violations du droit international par Israël, en désinvestissant des sociétés qui soutiennent l’oppression israélienne et en lançant un appel de principe pour des sanctions contre Israël, le mouvement BDS a renforcé l’isolement d’Israël et a commencé à en faire payer le prix à son régime de colonialisme de peuplement, d’apartheid et d’occupation ». (2)

Des actions punitives belliqueuses

BDS dit rejeter la censure et défendre le droit universel à la liberté d’expression. Les actions sur le terrain sont généralement présentées comme des initiatives citoyennes spontanées orchestrées dans une ambiance bon enfant. L'analyse des campagnes de boycott démontre, au contraire, que la plupart de ces actions militantes sont en réalité extrêmement belliqueuses. Menaces, chantage, pressions, excommunications etc. constituent la règle. (3)

La dénonciation d’un accord de coopération entre Sciences Po Rennes et l’Université de Tel-Aviv par l’AURDIP permettra d'illustrer le propos : après avoir rappelé que cette Université entretenait des liens organiques avec l’armée israélienne, l’AURDIP menace ni plus ni moins le Directeur de Sciences Po de le faire condamner à la réclusion criminelle à perpétuité !!

« Nous nous permettons de vous alerter sur le risque juridique pénal que vous encourez vous-même et que vous faites encourir à vos collaborateurs et professeurs chargés de mettre en œuvre cette coopération universitaire ainsi que bien-sûr à vos élèves concernés par cette coopération. En effet, la plupart des universités israéliennes, dont l’Université de Tel-Aviv, contribuent de manière active et délibérée à la politique d’occupation et de colonisation conduite par les pouvoirs publics israéliens en Cisjordanie. Cette politique constitue un crime de guerre (…). Par conséquent, toute aide ou assistance, même par la simple fourniture de moyens, à cette politique constitue un acte de complicité de crime de guerre, punissable de la réclusion criminelle à perpétuité. L’adhésion récente de la Palestine au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et la prochaine saisie du bureau du procureur de la Cour des crimes israéliens de colonisation démontrent que ces éléments ne sont pas théoriques ». (4)

L'anathème vaut également pout tous ceux qui soutiennent la cause palestinienne mais en dehors du cadre strict défini par le collectif palestinien.

Mise à l'index par le PACBI du groupe islandais ayant marqué son soutien aux Palestiniens lors de l'Eurovision 2019 à Tel-Aviv

Des acteurs violents

Le membre principal et le plus influent du comité central BNC, le Council of National and Islamic Forces in Palestine (P.N.I.F..), comporte en son sein au moins cinq factions palestiniennes qui se trouvent sur les listes des organisations terroristes établies par l’Union européenne, le Canada et les Etats-Unis: Hamas, Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), le Front populaire - Commandement général le Front (FPLP - CG), le Front de Liberation de la Palestine et le Djihad islamique.

Certains signataires palestiniens de la Charte BDS ont également un lien direct ou indirect avec ces organisations classées terroristes. C'est notamment le cas de l'organisation Alkarama for Human Right liée à Al-Qaida ou encore des organisations comme Addameer, The Union of Health Work Committees (UHWC) et the Union Agricultural Workers Committees (UAWC) qui sont liées au F.P.L.P. (5)

Une violence légitimée

Les principaux partenaires de BDS à l'étranger légitiment toutes les actions palestiniennes y compris les plus violentes. Ainsi par ex., pour l’Association France Palestine Solidarité, en partie subventionnée par les pouvoirs publics français (6), « la résistance à l’occupation et à l’oppression sous toutes ses formes, y compris la lutte armée, est légitime et reconnue par le droit international » (7).

Une violence idéologique

Dans le scénario altermondialiste qui n'est rien d'autre que la version 2.0. du scénario marxiste-léniniste, la révolution se réalise toujours de manière violente. Autrement dit, le remplacement d'un régime par un autre suppose nécessairement une charge belliqueuse importante puisque l'objectif n'est pas la négociation avec l'ennemi mais sa capitulation.

BDS inscrit donc son action non pas dans un cadre pacifiste comme il le sous-entend mais dans un cadre idéologique bien particulier qui préconise l'épreuve de force plutôt que le rapport de force.

"Parvenir à trouver un règlement au conflit israélo-palestinien constitue une tâche fondamentale. Mais BDS constitue un piège tendu à tous les simples d’esprit. Nous devons combattre ce mouvement car il est devenu l’ennemi de la paix. Il faut faire très attention. BDS ne se bat pas en faveur du droit des Palestiniens à leur autodétermination, ni en faveur d’un règlement basé sur le principe de deux Etats pour deux peuples. BDS prône une option entièrement différente, qui n’est pas dirigée vers les Palestiniens, mais contre l’existence même de l’Etat d’Israël." (8)


(1) Bjornar Moxnes: "BDS Movement for Palestinian Right Nominated for Nobel Peace Prize", Inter Press Services, February 2018.

(2) Communiqué du B.N.C. « Solidarity with the Palestinian popular resistance ! Boycott Israel now ! », 10/10/2015

(3) "Cartographie des actions militantes en France", CERSP, février 2019

(4) Lettre de l’AUDRIP au directeur de Sciences Po Rennes, disponible sur www.audrip.fr

(5) Le Ministère des Affaires Stratégiques attaché au bureau du Premier Ministre israélien a établi un document décortiquant avec précision tous les liens entre BDS et les organisations classées terroristes: "Terrorist in Suits : The Ties between NGO's promoting BDS and Terrorist organizations". Il a également publié un rapport spécial sur le financement par l'Union européenne de certaines associations pourtant classées terroristes par l'UE elle-même.

Voir également : Vincent Georis: "L'Europe finance des ONG liées au boycott d'Israël", l'Echo, juin 2018.

(6) L’Association France Palestine Solidarité a reçu des subventions pour un total de € 139.550 entre 2012 et 2014 de la part des autorités publiques françaises (Agence Française de Développement) pour un programme de développement rural dans la vallée du Jourdain, de € 115.000 (2013-2015) du Ministère des Affaires Etrangères, de € 15.000 du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes (2015) et de 6.000 (2013-2014) du Conseil régional d’île de France.

(7) Rapport d’Orientation adopté par le 4ème Congrès de l’Association France Palestine Solidarité du 1er et2 juin 2013.

(8) Ben-Dror Yemini: "Le boycott d'Israël torpille la paix", Le Monde, juillet 2015


Le boycott culturel d’Israël par BDS

Une initiative du PACBI

Le boycott culturel international d’Israël est une initiative lancée par un collectif regroupant des universitaires, artistes et autres intellectuels palestiniens, le PACBI[1], à la suite du Forum des ONG de Durban de 2001. Co-fondé par Omar Barghouti, il demande à la communauté internationale de boycotter l’ensemble des activités culturelles ou festives organisées en Israël, allant des festivals cinématographies à des expositions d’art, en passant par des performances musicales et de danses, conférences, etc., ainsi que les manifestations internationales commanditées, financées ou parrainées par Israël.

Le PACBI exhorte les travailleurs culturels internationaux(artistes, écrivains, cinéastes) et les organisations culturelles, y compris les syndicats et les associations, dans la mesure du possible, à boycotter et/ou à œuvrer en faveur de l'annulation d'événements, d'activités, d'accords ou de projets impliquant Israël, ses groupes de lobbying ou ses institutions culturelles, ou qui, d'une autre manière, favorisent la normalisation d'Israël dans la sphère culturelle mondiale, blanchissent les violations par Israël du droit international et des droits des Palestiniens ou violent les directives du BDS.

Source: PACBI Statement: "Guidelines for the International Cultural Boycott of Israel ", July 2014 (trad. libre)

Trois axes

Les lignes directrices édictées par BDS pour le boycott culturel international d’Israël tournent autour de trois axes majeurs :

1. La culture permettrait d'occulter les crimes d'Israël

Par présomption, toutes les institutions culturelles israéliennes sont les complices du régime sioniste.

Les institutions culturelles israéliennes font partie intégrante de l'échafaudage idéologique et institutionnel du régime israélien d'occupation, de colonisation et d'apartheid contre le peuple palestinien. Par leur silence ou leur participation active, ces institutions sont clairement impliquées dans le soutien, la justification et le blanchissement de l'occupation israélienne et le déni systématique des droits des Palestiniens.

F.A.Q.: "How are Israel cultural institutions complicit in Israeli violations of Palestinian rights? " (trad. libre)

BDS interdit à quiconque le droit d’assister ou de participer à des activités culturelles réalisées sur le territoire israélien (par ex. l’Eurovision 2019, Gay-Pride, etc.) car cela contribue « à donner la fausse impression qu’Israël est un pays normal ».

2. La culture serait un outil de propagande (Hasbara)

La culture est exclusivement perçue comme un instrument de propagande visant à donner une image positive d’Israël (Hasbara). Elle ferait partie d’un vaste plan marketing ourdi par les plus hautes instances de l’Etat hébreu pour redorer son blason à l’étranger[2]. BDS interdit dès lors à quiconque le droit d’assister ou de participer à des manifestations culturelles internationales (par ex. Tel-Aviv sur Plage à Paris) commanditées, parrainées ou financées par Israël ou ses officines locales car cela ferait partie de son plan machiavélique « visant à améliorer son image » et développer ainsi la « marque Israël » à l’étranger.

Pour cette même raison, BDS refuse toute collusion avec les pacifistes et intellectuels israéliens. Les élites culturelles et universitaires sont « naturellement » les fers de lance de la « hasbara » version marketing. Israël leur assigne en permanence la « mission de contribuer à la lutte contre la délégitimation en apparaissant à l’étranger comme les représentants d’une culture pluraliste, créative et dynamique »[3].

3. La culture modifierait le paradigme du conflit

La culture n’est jamais vue comme un moyen pacifiste de rapprocher les peuples. Pour BDS, le rapport entre Israéliens et Palestiniens est basé sur le paradigme oppresseur/opprimé. Les productions artistiques mixtes israélo-palestiniennes doivent être boycottées car elles contribuent « à donner la fausse impression que les parties au conflit sont égales entre elles » et viennent de ce fait modifier le paradigme originel en mettant les deux parties sur un plan symétrique, toutes deux « responsables du conflit »[4].

Toutes les activités culturelles, projets, événements et produits impliquant des Palestiniens et ou d'autres arabes d'une part et des Israéliens de l'autre et qui sont fondés sur le faux principe de symétrie entre les oppresseurs et les opprimés ou qui laisseraient entendre que les deux, colonisateurs et les colonisés, sont co-responsables du " conflit" sont des formes de normalisation intellectuellement malhonnêtes et moralement répréhensibles qui devraient être boycottées. Loin de remettre en cause le statu quo injuste, de tels projets contribuent à son renforcement.


PACBI Statement: "Guidelines for the International Cultural Boycott of Israel ", July 2014 (trad. libre)


[1] Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel

[2] Nathaniel Popper : “Israel Aims to Improve its Public Image”, Forward, October 2005.

[3] Françoise Feugas, « Derrière la vitrine culturelle, une intolérable occupation », 19 mai 2017

[4] PACBI Statement : « Israel’s Exceptionalism : Normalizing the Abnormal”, October 2011

Boycott économique total ou partiel ? Que veut BDS?

Pourquoi BDS appelle-t-il au boycott économique total d’Israël et pas uniquement des produits fabriqués dans les colonies implantées en Cisjordanie occupée ?  La réponse à cette question doit être recherchée du côté de l’objectif du mouvement et des revendications formulées dans sa Charte (1).

L'étiquetage des produits fabriqués dans les colonies

L’Union européenne a pris la décision en 2015 d’étiqueter les produits originaires des colonies israéliennes implantées en Cisjordanie occupée au grand dam du gouvernement israélien (2). Cet étiquetage est un signal politique clair envoyé par les pays européens à l’Etat hébreu, une ligne rouge : les colonies sont jugées illégales au regard du droit international. Partant, les produits qui y sont fabriqués ne sont pas des produits fabriqués en Israël et ne peuvent pas bénéficier des accords de libre-échanges et des tarifs douaniers préférentiels conclus entre Israël et l’Union Européenne.

L’idée selon laquelle la communauté internationale doit faire pression sur Israël pour conclure un accord de paix avant qu’il ne soit trop tard peut paraître séduisante pour certains partisans d’une solution à deux Etats. Cette pression aurait pour objectif de corriger le rapport de force en faveur de la partie palestinienne la plus faible en forçant Israël à accepter un compromis historique équilibré qui satisfasse in fine les deux parties. Dans le cadre de cet horizon politique, l'étiquetage des produits fabriqués dans les colonies pourrait se révéler un moyen d’action efficace, n’en déplaise aux Israéliens.

Le boycott économique total

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser, le collectif palestinien BDS n’appelle pas au seul boycott des produits fabriqués par des entreprises israéliennes dans des colonies implantées en Cisjordanie occupée mais demande aux consommateurs occidentaux de boycotter toutes les entreprises israéliennes et toutes les entreprises occidentales qui participent activement à l’économie israélienne (3).

Cet appel au boycott intégral doit être mis en perspective avec les objectifs du mouvement et des revendications formulées dans sa Charte. BDS est un mouvement qui se revendique radicalement antisioniste. Il considère que le caractère juif de l’Etat d’Israël doit être abandonné, de gré ou de force, par les Israéliens, car il empêche l’autodétermination du peuple Palestinien. La résolution du conflit israélo-palestinien passe donc de facto par une solution à un seul Etat et non pas par une solution à deux Etats. Dans le cadre de cet horizon politique où la paix se fait sans Israël, le boycott intégral prend tout son sens puisqu’il vise à étrangler économiquement l’Etat hébreu jusqu’à ce qu’il capitule et abandonne son caractère juif.

Le but de BDS n’est donc de
corriger le rapport de force pour forcer Israël à un compromis historique avec
les Palestiniens. Son objectif est d’engager une épreuve de force avec Israël en vue de le contraindre à abandonner
ce qui constitue le fondement même de son existence, son caractère juif.

Le choix du boycott : pacifique ou belliqueux

En France, de nombreux corps intermédiaires, partis politiques (EELV, LFI, NPA), syndicats (CGT), ONG (Oxfam, Attac), associations caritatives, etc., de mêmes que de nombreuses personnalités politiques ou de la société du spectacle ont apporté ces dernières années leur soutien aux campagnes de boycott lancées par le collectif palestinien BDS.

Mais comme nous l’avons vu, le boycott économique peut être un moyen pacifique pour arriver à la paix avec Israël ou un moyen belliqueux pour arriver à la paix mais sans Israël. Aussi, il serait bon que les supporteurs de BDS lèvent rapidement toute ambiguïté sur les fondements de leur soutien. Si l’objectif de leur boycott vise à rétablir un rapport de force plus favorable pour les Palestiniens dans le cadre de la relance d’un processus de paix visant à la création de deux Etats, alors ils doivent impérativement s’écarter du boycott préconisé par BDS, voire même le dénoncer. Si par contre leur soutien au boycott belliqueux prôné par BDS a bien pour objectif de créer une épreuve de force en vue d’obtenir la reddition forcée des Israéliens dans le cadre d’une solution imposée à un seul Etat où le sort des 7.000.000 de Juifs n’est pas encore fixé, alors ils ont frappé à la bonne porte.


(1) S. Henry: "Quelles sont les revendications précises de BDS?", CERSP, février 2019

(2) P. Smolar: “L’étiquetage par l’UE des produits fabriqués dans les colonies provoque la fureur d’Israël », Le monde, Novembre 2015.

(3) FAQs: "Does BDS call for a boycott of the whole of Israel or just the illegal settlements?", www.bdsmovement.org

[4]: Laurent Joffrin: "BDS: les dessous d'un boycott", Libération, août 2015; Martine Gozlan : "Ce que cache le boycott d'Israël", Marianne, mai 2016.

L’objectif de BDS? La création d’un Etat unique

Quel est l'objectif de la campagne de boycott internationale lancée par BDS? Dans sa Foire Aux Questions (1), il présente sa campagne de boycott non pas comme un combat de nature politique mais comme une lutte pour le respect du droit, de l’égalité et de la justice. Il entend ainsi convaincre la communauté internationale que la paix entre Israéliens et Palestiniens ne passe pas par des « négociations de paix » devant aboutir à un accord politique entre les deux belligérants mais par le seul et strict respect par l’Etat d’Israël du droit international et des droits humains des Palestiniens.

Supporters de BDS

Les trois revendications de BDS

Le collectif palestinien énumère dans sa Charte trois revendications sine qua non pour réaliser le droit à l’autodétermination des Palestiniens : 1) la fin de l’occupation et de la colonisation de tous les territoires arabes,2) le retour sans conditions de l’ensemble des réfugiés palestiniens à l’intérieur des frontières de l’Etat d’Israël ; et 3) l’égalité complète des droits pour les citoyens arabo-palestiniens vivant en Israël. Les mesures punitives de boycott sont là pour contraindre les Israéliens à accepter, de gré ou de force, ces revendications. (2)

La bonne grille de lecture des revendications

Ces trois revendications ne peuvent être comprises que si elles sont replacées dans le cadre de la lutte menée par le collectif palestinien contre la création originelle de l’Etat d’Israël, c’est-à-dire contre l’idée selon laquelle les Juifs puissent être majoritaires et avoir un droit au retour sur une partie du territoire de la Palestine historique. BDS est en effet un mouvement qui se revendique radicalement et farouchement antisioniste. Replacées dans le contexte de sa lutte pour la désionisation de l’Etat d’Israël, les trois revendications du collectif palestinien prennent alors une tournure beaucoup plus politique qu’ilne le prétend :

  • La fin de l’occupation et de la colonisation de l’ensemble des territoires arabes ne vise pas uniquement des territoires palestiniens occupées par Israël depuis 1967 (Cisjordanie et bande de Gaza qui peut également comprendre un échange mineur de territoire comparable et mutuellement accepté dans le cadre d’un accord de paix) mais comprend l’ensemble des territoires arabes actuellement contrôlés par les sionistes, y compris le plateau du Golan (territoire revendiqué par la Syrie), Haïfa et Tel-Aviv, c’est-à-dire l’entièreté du territoire actuellement sous contrôle ou sous souveraineté israélienne. Cette revendication exprime le désaccord de BDS sur la solution à deux Etats.

  • Le droit au retour sans conditions des réfugiés palestiniens est une logorrhée du mouvement national palestinien historique qui va au-delà de la position officielle de l’Autorité Palestinienne et même de la ligne de conduite adoptée par les pays membres de la ligue arabe (initiative saoudienne) qui ont évolué sur cette question et préconisent aujourd’hui une solution « juste », à défaut d’être équitable, au problème des réfugiés.

  • L’égalité des droits entre les citoyens à l’intérieur de l’Etat d’Israël doit uniquement être interprétée, lorsqu’elle est revendiquée par un mouvement comme BDS, comme un acte, couplé au retour des réfugiés (environ 5 millions de personnes), devant mettre fin à la majorité juive (et donc du caractère juif de l’Etat d’Israël) sur la partie du territoire de la Palestine actuellement occupée par les sionistes.

Des revendications éminemment politiques

Si on devait reformuler correctement les revendications de collectif palestinien, on pourrait alors dire que l’horizon politique de BDS est une solution à un seul Etat avec une population majoritairement musulmane. Le sort des Juifs (environ 7.000.000 d’individus) dans ce nouvel Etat, lui, n’est quant à lui pas encore tranché. Voilà ce que BDS propose lorsqu’il affirme se battre uniquement pour le respect du droit international et les droits humains des Palestiniens. Contrairement à ce qu’il affirme (3), ses revendications sont éminemment politiques puisque BDS prône comme principe que l’unique solution au conflit passe par un acte politicide de la part des Israéliens. La Paix se fait non pas avec Israël mais sans Israël.

La fin de la colonisation et de l’occupation, le règlement de la question des réfugiés et l’égalité des droits entre les citoyens sont bien évidemment des questions auxquelles les belligérants doivent impérativement apporter des réponses pour espérer un jour mettre un terme à ce que certains appellent désormais le plus vieux conflit du monde. Les « accords » d’Oslo conclus en 1993 entre les représentants officiels et légitimes des deux camps tentaient d’y parvenir. Il en a été de même des « accords » de Genève signés par des personnalités des deux bords en 2003 et qui se basaient sur le plan Clinton et les discussions de Taba prévoyant un règlement global et pacifique du conflit : création d’un Etat palestinien, délimitation des frontières, échanges de territoires, colonies, solution disruptive au problème des réfugiés palestiniens, sécurité, cogestion de Jérusalem, etc.

La célèbre poignée de mains entre Y. Rabin et Y. Arafat

Retour vers le futur

Les trois revendications de BDS sont cependant d’un autre ordre puisqu’elles partent du postulat que le droit à l’autodétermination du peuple palestinien passe par la négation du droit à l’autodétermination du peuple juif. Ces revendications peuvent ainsi être qualifiées de rétrogrades puisqu’elles sont identiques à celles que soutenaient l’OLP, principal acteur du mouvement national palestinien, avant d’accepter la solution à deux Etats et le processus de paix d’Oslo il y a 25 ans !

Avec BDS, c’est donc retour vers le futur.


(1) F.A.Q. : Quelles sont les revendications précises de la campagne BDS ?, www.bdsfrance.org

(2) CERSP: "Les trois principes de BDS", février 2019

(3) Omar Barghouti: « BDS: discussing Difficult Issues in a Fast-Growing Movement “, Al-Shabaka, juin 2016.

Le boycott économique d’Israël par BDS

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser, le collectif palestinien n’appelle pas au boycott des seuls produits fabriqués par des entreprises israéliennes dans des colonies implantées en Cisjordanie occupée mais demande aux consommateurs occidentaux de boycotter toutes les entreprises israéliennes et toutes les entreprises occidentales qui participent activement à l’économie israélienne.

« Seuls les produits des colonies sont illégaux, alors pourquoi boycotter tous les produits israéliens ? D’abord, les discriminations que nous dénonçons touchent également les Palestiniens à l’intérieur des frontières d’Israël. Ensuite, la résolution 194 de l’ONU stipule le respect et la mise en œuvre du droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs maisons, y compris à l’intérieur des frontières de 1948. Enfin, dans sa dimension coloniale, c’est bien l’Etat d’Israël, son armée et ses entreprises qui sont responsables et qui profitent économiquement de l’occupation de tousles territoires illégaux, de la construction du Mur, du blocus de Gaza etc. A l’époque de l’Apartheid, n’aurait-il pas été absurde de ne boycotter que les bantoustans et pas le Cap, Johannesburg ou Pretoria? ».

source : F.A.Q. de BDS: "Does BDS call for a boycott of the whole of Israel or just the illegal settlements?" (trad. libre)

Le modus operandi d'une campagne

BDS a lancé au cours de ces dernières années d’une part de grandes campagnes transnationales, considérées comme prioritaires, appelant au boycott des grandes marques israéliennes comme par exemple les gazéificateurs d’eau SodaStream, les produits cosmétiques Ahava, les oranges Jaffa, les médicaments génériques Teva, etc. et d’autre part, des campagnes internationales pour boycotter des multinationales américaines ou européennes qui ont, pour le collectif palestinien, une implication active dans l’économie israélienne comme par exemple la société de construction Caterpillar, la société de produits informatique Hewlett-Packard, etc.

Le point commun entre toutes ces campagnes est leur mode opératoire identique.

BDS est une organisation pyramidale composée de trois couches : au sommet de la pyramide se trouve le comité central BNC avec Omar Barghouti comme porte-parole. Les militants et supporters constituent, la base de la pyramide. Quant aux partenaires étrangers privilégiés, ils sont la courroie de transmission et servent de relai entre le sommet et la base.  [1]

Rôle du comité central BNC

Le BNC, au sommet de la pyramide organisationnelle du mouvement, est à l’initiative de toutes les campagnes transnationales (ex. campagnes contre Véolia, GS4, etc.) considérées comme prioritaires. C’est lui qui détermine la cible, les messages-clefs qui seront véhiculés au cours de la campagne ainsi que l’argumentaire qu’il faudra déployer auprès de l’opinion publique pour justifier la mise au ban de l’entreprise ainsi ciblée.

Rôle des représentants "officiels" locaux

Les représentants "officiels" locaux (au nombre de quarte en France: BDS France, UJFP, AURDIP et AFPS), courroie de transmission entre le sommet et les militants de la base, ont pour mission de relayer la campagne au niveau national et de s’assurer que les actions locales cadrent avec les messages fixés par le sommet de la pyramide. Ils leur fournissent du matériel militant (tracts, modèle de lettres de protestation, autocollant, etc.) et recommandent aux acteurs locaux d’éviter la dispersion et de se concentrer sur quelques cibles.

« Des milliers d’entreprises de tous les pays commercent, échangent et investissent avec des centaines d’entreprises israéliennes, participant au bien être de ce pays colonial, sans se soucier d’aucune obligation ni des droits des Palestiniens. Essayer de boycotter activement chaque entreprise qui collabore à l’apartheid israélien est voué à l’échec en terme d’effet concret. Pour qu’elle soit efficace, une campagne de boycott doit être ciblée, stratégique, argumentée, qu’elle ait une chance de gagner, qu’elle soit utilisée collectivement, si possible à l’échelle mondiale, et sur le long terme. C’est pourquoi, les Palestiniens eux-mêmes recommandent aux campagnes nationales BDS de choisir un nombre limité de cibles de boycott et de concentrer leurs efforts sur ces cibles. Les Palestiniens connaissent bien les sources de leurs souffrances et nous font les meilleures recommandations pour une campagne BDS efficace ».


site internet de BDS France : « Que boycotter ? Tous ensemble dans la campagne internationale BDS», janvier 2018.

Ils diffusent ensuite le compte-rendu des actions locales sur les réseaux sociaux. Les victoires engrangées au niveau national remontent, elles, vers le BNC qui les publie sur le site internet officiel du mouvement (www.bdsmovement.net).

Rôle de la base

Les militants et supporters locaux, à la base de la pyramide, sont chargés d’animer les actions sur le terrain qui se matérialisent majoritairement de la manière suivante :

  • Ils tiennent des stands d’information et mènent des actions de protestation devant ou à l’intérieur même des supermarchés et des grands magasins pour alerter les consommateurs sur les produits étiquetés Israël « impropres à la consommation »;

  • Ils font circuler des listes éparses de divers produits à boycotter sur les réseaux sociaux. Une application mobile (Buycott) a même été développée permettant aux consommateurs de détecter rapidement si un produit provient ou non d’Israël.

  • Ils interpellent les directeurs de grands magasins en leur demandant de retirer les produits étiquetés Israël de leurs rayons.

BDS encourage en théorie toutes les initiatives citoyennes spontanées.

"La Campagne BDS France fonctionne de manière souple et décentralisée. Des réunions de coordination nationale ont lieu une fois par mois, à Paris pour des raisons pratiques. Les représentants des différents membres de la Campagne y discutent de l’état de la Campagne, des objectifs, fixent des priorités, choisissent éventuellement des dates d’action nationales, qui peuvent tout à fait refléter une demande locale. Des groupes de travail sont parfois constitués par des militants des différentes organisations, sur la base du volontariat, pour coordonner telle ou telle action, ou travailler sur un sujet particulier. Les décisions se prennent au consensus dans un esprit unitaire. Les organisations membres de la Campagne paient chaque année une cotisation. Pour les aspects techniques, et par souci d’efficacité et de réactivité, un petit groupe de coordination a été mis en place et organise la vie pratique de la Campagne, fait le lien avec le local, propose des outils et des actions et suit les affaires juridiques. Ce groupe est composé de militants des différentes organisations et associations et il est basé sur un principe de volontariat. Les membres du groupe de coordination sont amenés à tourner régulièrement, mais dans un souci de continuité et d’efficacité sur le long terme."

Source : site internet de BDS France: "Qui sommes-nous?"

Les campagnes de boycott permettent de mettre en perspective la structure et l’organisation pyramidale du mouvement. Dans la pratique, les campagnes de boycott ne sont pas aussi spontanées que ne le prétend BDS. Les grandes campagnes transnationales sont initiées, organisées et structurées par la couche supérieure du mouvement, le BNC. Les campagnes nationales sont, elles, supervisées par la couche intermédiaire, les représentants "officiels" locaux qui sont chargés d’encadrer les acteurs locaux sur le terrain. La strate inférieure du mouvement, composée de militants et supporters locaux, ne dispose que d’un faible pouvoir de décision, au mieux un pouvoir de suggestion.


[1] CERSP : "Organisation générale de BDS"

BDS vu par lui-même

La campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (« BDS ») est un appel lancé le 4 juillet 2005 par un collectif de 172 organisations et associations palestiniennes demandant à la communauté internationale de boycotter intégralement Israël. Le collectif palestinien se présente sans coup férir comme un mouvement novateur, citoyen, performatif, pacifiste et antiraciste. (1)

BDS est novateur

BDS situe sa naissance en 2005, soit « un an après l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice qui a jugé illégal le mur qu’Israël construit sur le territoire palestinien occupé ». Partant du constat que toutes les formes de processus de paix ont échoué par la faute exclusivement imputable à l’Etat d’Israël, il propose aux Palestiniens de quitter la table des négociations et d'appliquer une nouvelle méthode pour arriver à la paix basée sur le "strict respect par Israël du droit international et des droits humains des Palestiniens".

Cette nouvelle méthode consisterait à demander à la communauté internationale de boycotter intégralement Israël pour faire pression sur ce pays "jusqu’à ce que ce qu'il plie et honore ses obligations de reconnaître le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et se conforme au droit international".

BDS est une initiative citoyenne spontanée

BDS invite les "organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier" à boycotter Israël. Il présente sa Campagne Internationale de Boycott comme une initiative citoyenne spontanée caractéristique de la démocratie participative. Le mouvement serait faiblement structuré. Dans le cadre des lignes de conduites définies par l’appel de 2005, une grande latitude serait laissée aux initiatives locales, régionales et nationales pour déterminer les cibles de leurs actions et les tactiques à adopter.

BDS est performatif

BDS se targue d'avoir obtenu de très nombreuses victoires depuis son appel de 2005. A  en croire ses communiqués de presse, des centaines d’universités auraient gelé ou rompu leurs accords de collaboration avec les institutions académiques et scientifiques israéliennes, la plupart des artistes internationaux ne se produiraient plus en Israël, d’importantes multinationales se seraient désinvesties du pays, des dizaines de municipalités auraient rompu avec l'Etat hébreu et se seraient déclarées « Zones Libre d’Apartheid », des centaines églises des États-Unis auraient retiré leurs investissements des banques israéliennes, etc.

Extrait de la déclaration du PACBI: "And the winner of Eurovision apartheid in Tel-Aviv is …", mai 2019

BDS est pacifiste

BDS se positionne comme un mouvement pacifiste et non violent. Les mesures de boycott sont considérées comme des actions « pacifiques, légitimes et acceptées sur la scène internationale » et seraient « protégées par la liberté d’expression » (2). Il dit s'inspirer de la lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud

BDS est antiraciste

BDS considère son appel de 2005 qui exige « la fin des violations du droit international et des droits humains par Israël » ancré dans les principes énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Sur base de cet engagement de principe pour l’égalité des droits de chaque être humain, BDS est donc résolument opposé aux idéologies politiques qui prônent le racisme, raison pour laquelle il s’oppose au sionisme.

« Nous rejetons le sionisme en ce qu’il constitue le pilier idéologique raciste et discriminatoire du régime d’Israël d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, qui prive le peuple palestinien de ses droits fondamentaux depuis 1948 » (3).

Il inscrit son action dans la lignée du forum mondial des ONG organisé en marge de la Conférence contre le Racisme, la Discrimination, la Xénophobie et l’Intolérance (WCAR) de Durban en 2001.

« Guidés par l’agenda inclusif de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, qui s’est tenue en 2001 à Durban, en Afrique du Sud, les principes du mouvement BDS incluent les valeurs de la diversité culturelle, de la solidarité et du soutien mutuel avec les victimes du racisme et de la discrimination raciale » (4)


(1) Appel de la société civile palestinienne. Voir également: Omar Barghouti : "Boycott, désinvestissement, sanctions. BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine", La Fabrique Éditions, Paris, 2010

(2) Déclaration du Rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression au terme de sa visite en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés, 18/11/2011.

(3) Déclaration du Comité national palestinien du BDS (BNC) réitérant la position du mouvement BDS contre toutes les formes de racisme et de discrimination raciale.

(4) Déclaration du Comité national palestinien du BDS (BNC) réitérant la position du mouvement BDS contre toutes les formes de racisme et de discrimination raciale, mars 2017. Voir également à ce sujet la position commune adoptée par le BNC pour la Conférence de Durban tenue en 2009 à Genève : « UNITED AGAINST Apartheid, Colonialism and Occupation. DIGNITY & JUSTICE for the Palestinian People », Octobre 2008.

BDS la règle de trois

Boycott d’Israël: les trois principes de BDS

3 composantes, 3 revendications, 3 sanctions

La campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (« BDS ») est un appel lancé le 4 juillet 2005 par un collectif de 172 organisations et associations palestiniennes intimant la communauté internationale de boycotter intégralement Israël. La mise au ban des Nations devra durer jusqu’à ce que ce pays "honore ses obligations de reconnaître le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et se conforme au droit international".

Les 3 composantes

Les signataires de cet appel se définissent eux-mêmes comme les représentants des trois composantes majeures de la société civile palestinienne, à savoir (1):

  • Les Palestiniens vivant sous occupation dans les Territoires Occupés (Cisjordanie), y compris Jérusalem et la bande de Gaza (38%) ;

  • Les réfugiés vivant en exil (50%) ;

  • Les citoyens arabo-palestiniens vivant sur
    le territoire israélien (12%).

Les 3 revendications

Le collectif palestinien entend convaincre la communauté internationale que la paix entre Israéliens et Palestiniens ne passe pas par des « négociations de paix » devant aboutir à un accord politique entre les deux belligérants mais par le respect scrupuleux par l’Etat d’Israël du droit international et des droits humains des Palestiniens.

Le droit à l'auto-détermination du peuple palestinien devant se réaliser sur l'ensemble du territoire de la Palestine historique, les obligations internationales d'Israël qui en découlent reposeraient en conséquence sur les trois piliers suivants :

  • La fin de l’occupation et de la colonisation de tous les territoires arabes actuellement occupés, y compris le Plateau du Golan ;

  • Le retour sans conditions de l’ensemble des réfugiés palestiniens à l’intérieur des frontières de l’Etat d’Israël ; et

  • L’égalité complète des droits pour les citoyens arabo-palestiniens vivant en Israël.

Ces deux derniers piliers sont prioritaires puisque les réfugiés vivant en exil et les citoyens palestiniens vivant en Israël constituent 62% de la population palestinienne et sont pour BDS les grands oubliés du processus de paix enclenché à Oslo qui ne visait que les Palestiniens situés dans les Territoires Occupés depuis 1967.

La position officielle du collectif consiste à se concentrer exclusivement sur les droits humains des Palestiniens issus de la législation internationale et non sur les solutions politiques. En ce qui concerne la résolution politique du conflit israélo-palestinien, BDS se refuse à prendre explicitement position dans le débat opposant tenants de la bipartition et leurs adversaires favorables à un seul Etat. Pour son porte-parole Omar Barghouti, "la forme étatique que les peuples de la région établiront dépendra de leur volonté et de l’évolution de leurs relations" (2).

Les 3 mesures coercitives

BDS exige de la communauté internationale qu'elle prenne trois mesures punitives à l’encontre de l’Etat d’Israël :

a) Le boycott

BDS appelle au boycott intégral d'Israël : c’est-à-dire non seulement politique et économique mais aussi culturel, académique, scientifique et sportif. Celui-ci vise tout individu qui est représentatif de ce pays ou d’une institution israélienne complice, ou s’il est commandité ou recruté pour participer aux efforts d’Israël pour se « donner une nouvelle image ».

b) Le désinvestissement

BDS encourage développement de Campagnes Nationales visant à faire pression sur les entreprises nationales afin qu’elles se désinvestissent de l’État juif. L’organisation mène également des actions de lobbying auprès des gouvernements, des institutions et des entreprises pour qu’elles cessent d’investir ou de coopérer économiquement avec l’État juif [3].

c) Les sanctions

les gouvernements des pays occidentaux sont les complices des crimes commis par l’Etat d’Israël car ils soutiennent de manière inconditionnelle un régime colonialiste, d’occupation et d’apartheid. BDS entend mettre un terme à cette complicité internationale et demande aux citoyens de conscience du monde à faire pression sur leurs gouvernants afin qu’ils abandonnent leurs politiques favorables à Israël et stoppent toute relation avec lui.

Ces trois mesures coercitives doivent être appliquées par la communauté internationale jusqu'à ce que les Israéliens honorent leurs obligations internationales, c'est-à-dire jusqu'à la reddition complète et inconditionnelle d'Israël et son acceptation de voir le droit du peuple palestinien à l'auto-détermination se réaliser sur l'intégralité du territoire de la Palestine historique.


(1) Selon les chiffres de 2014 émis par l’Office Central Palestinien des Statistiques, sur les 11.800.000 Palestiniens, ceux des territoires palestiniens occupés (TPO), c’est-à-dire Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, représentent seulement 38 % de la totalité de la population palestinienne. Les citoyens palestiniens d’Israël représentent environ 12 %, et les Palestiniens en exil constituent les 50 % restants.

[2] Omar Barghouti: « BDS: discussing Difficult Issues in a Fast-Growing Movement “, Al-Shabaka, juin 2016. Voir également: S. Henry: "Les raisons du boycott économique d'Israël par BDS", CERSP, mars 2019

[3] Romain Geoffroy « Qu’est-ce que le mouvement BDS, à l’origine des appels au boycott d’Israël ? », Le Monde, Novembre 2015; Blandine Le Cain : "Qu'est-ce que le mouvement BDS, qui prône le boycott des produits israéliens?", Le Figaro, novembre 2017.

La prochaine Gay-Pride à Gaza

La lutte pour les droits des LGBT+ est un combat politique. Que Tel-Aviv soit aujourd’hui la première, et la seule, ville gay-friendly du Moyen-Orient a quelque chose de très rafraîchissant car le combat est long et difficile. Pouvoir porter haut le drapeau arc-en-ciel du mouvement dans les rues de Jérusalem est également un acte d’une portée symbolique sans aucun autre précédent dans la région. Une jeune fille sauvagement assassinée par un juif religieux lors de la Gay Pride en 2015 en a d’ailleurs payé le prix fort. Quand on connait le côté obscurantiste de la ville Sainte et la sociologie toute particulière de sa population, avoir l’opportunité d’y revendiquer les droits LGBT+ relève bel et bien du miracle. 

La boycott d’Israël : gay-friendly?

Une part de la communauté LGBT+ occidentale a pourtant décidé de répondre à l’appel de BDS au boycott de toutes les manifestations LGBT+ (festivals, Gay Pride, etc.) qui se déroulent en Israël. La  dernière campagne en la matière s’intitule « Non au Pinkwashing de l’Eurovision ! Près de 90 groupes LGBT+ appellent au boycott du concours de chant en Israël ». Pour le collectif palestinien, la culture gay qui s’est développée notamment à Tel-Aviv[1] ferait en réalité partie d’un vaste plan de communication  (« hasbara ») élaboré par l’Etat hébreu pour se construire une bonne image auprès de la communauté internationale. L’opération de séduction (« pinkwashing ») des LGBT occidentaux est, selon le communiqué du PACBI à l’initiative de la dernière campagne, une « utilisation cynique des droits des homosexuels afin de détourner et de normaliser l’occupation, la colonisation et l’apartheid israélien »[2]

Campagne de boycott LGBT contre un festival de films à Tel-Aviv

Hégémonie culturelle

La raison d’une telle position doit être recherchée du côté de l’idéologie dominante qui traverse la couche intermédiaire du mouvement BDS. Les organisations altermondialistes (partis politiques, syndicats, ONG, etc.) qui ont pour mission de faire la jonction entre le collectif palestinien situé au sommet de la pyramide et les supporters occidentaux situés à sa base sont dans un combat idéologique. Elles considèrent que les démocraties capitalistes libérales ne servent que les intérêts de la classe dominante au détriment des peuples. Si on devait résumer leur pensée en utilisant la vulgate marxiste, on dirait que le rôle de la superstructure étatique, reflet des rapports de production, n’est rien d’autre que l’instrument par l’intermédiaire duquel la classe dominante exerce le pouvoir.

Dans ce mouvement de pensée, tous les « appareils idéologiques » de cet Etat libéral doivent être combattus car ils ne sont mis en place qu’au profit et dans l’intérêt des seuls dominants.  La bourgeoisie occidentale arrive par ex. à se maintenir au pouvoir parce qu’elle a établi son hégémonie culturelle sur la société par l’intermédiaire des intellectuels[4]. La culture occidentale, d’essence bourgeoise, est donc celle du groupe dominant et non du peuple. Il en va également de même du multipartisme, de la liberté d’expression, etc. On pourrait même y ajouter la laïcité dans le cas très particulier de la France.

Antisionisme de type idéologique

La gauche altermondialiste a inscrit la lutte contre le sionisme au programme de son combat idéologique. Le sionisme, rattaché au système mondial de l’impérialisme, est ainsi amalgamé à des thématiques comme l’avenir de la mondialisation, les dangers écologiques, la pauvreté croissante du Tiers-Monde. Dans cette représentation du monde, Israël, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-Monde. Cet Etat est donc illégitime et, conformément à sa doxa, tous ses « appareils idéologiques » doivent être combattus car ils ne sont là que pour maintenir la domination de la minorité juive sur le peuple palestinien.

On comprend maintenant mieux la raison pour laquelle la gauche altermondialiste soutient tous les appels de BDS au boycott d’Israël y compris les milieux académiques et culturels. Les élites culturelles et universitaires sont « naturellement » les fers de lance de la « hasbara » version marketing. Israël leur assigne en permanence la mission de contribuer à la lutte contre la délégitimation en apparaissant à l’étranger comme les représentants d’une culture pluraliste, créative et dynamique[5].La culture n’est donc jamais vue comme un moyen pacifiste servant à rapprocher les deux peuples mais exclusivement comme un instrument de propagande utilisé de manière machiavélique par Israël pour se donner une image positive à l’étranger. Il en va de même pour la culture gay qui s’est développée en Israël. La lutte LGBT+ est instrumentalisée par Israël pour se donner l’image d’un pays ouvert. Elle ne viserait qu’à « camoufler la guerre, l’occupation, le conservatisme religieux et l’homophobie derrière le paravent sea, sex and sun de la plaisante cité balnéaire »[3].

Campagne de boycott LGBT contre la Gay-Pride à Tel-Aviv

La prochaine Gay-Pride à Gaza ?  

Le combat en faveur des droits des LGBT+ est légitimement porté par la gauche altermondialiste… sauf lorsqu’il se manifeste en Israël. Dans ce cas, cette lutte devient automatiquement suspecte. Tout ce qui pourrait paraître positif dans la société israélienne n’est pour elle que leurre, propagande et duperie.

Plutôt que de boycotter les festivals gays israéliens, les groupes LGBT+ feraient bien de s’intéresser d’un peu plus près aux 172 organisations palestiniennes qui composent le collectif palestinien lui-même. Ils découvriraient alors l’ouverture toute relative de ces organisations aux respects des droits des homosexuels. Dans la région, la seule alternative qui se présente à un individu LGBT+ (de la Syrie en Irak en passant par les pays du Maghreb ou les territoires palestiniens) est au mieux la prison, au pire la mort. Sauf en Israël.

Ces groupes LGBT+ devraient proposer au collectif palestinien BDS de leur organiser une gigantesque Gay Pride dans les territoires palestiniens. Juste pour voir si Gaza se révèle aussi gay-friendly que Tel-Aviv.


[1] « Tel-Aviv, la capitale homosexuelle du Moyen-Orient », Le Monde, 08.06.2012.

[2] Boycott Eurovision in Israël and Tel-Aviv Pride

[3] Jean Stern : « Mirage gay à Tel-Aviv », Libertalia, Paris, 2017.

[4] Voir par ex. les travaux d’Antonio Gramsci et de Louis Althusser. Voir également « Rémi Noyon : « Mélenchon s’en prend au « parti médiatique ». Mais d’où sort cette expression ? », L’Obs, mars 2018.

[5] Françoise Feugas, « Derrière la vitrine culturelle, une intolérable occupation », mai 2017